
Depuis l’annonce du premier cas de Covid19 au Cameroun en mars dernier, l’on en est aujourd’hui, en l’espace de trois mois, à effleurer la dizaine de millier de cas. On ne peut pas reprocher une absence de communication à ce niveau. Tout est fait pour que la population soit au courant de l’évolution de la pandémie dans leur pays. Mais malgré le nombre croissant de décès, beaucoup ont du mal à croire à l’existence de cette maladie et mènent leur vies normalement sans la prise en compte des mises en garde.
La pandémie de coronavirus face aux croyances populaires
On aura beau en parler et en reparler dans tous les médias et moyens de communication (télévision, réseaux sociaux, téléphone), on a l’impression que les différentes alertes sur le Coronavirus tombent dans les oreilles de sourds. Rien y fait ! Beaucoup de camerounais demeurent persuadés que la maladie n’existe pas. De nombreux clichés sur la maladie ont apparus avec le temps du genre « C’est la maladie des Blancs », « La peau noire est immunisée contre le coronavirus », « Cette maladie ne résiste pas à l’environnement tropical », etc. Le contexte d’information et de désinformation notamment sur les réseaux sociaux n’a fait qu’empirer les choses. Chacun y va de son commentaire ou de sa potion « magique » contre la maladie, etc. Pourtant toutes les informations sur la maladie et sur les moyens pour l ’éviter sont publics même si l’on observe un rejet de ces dernières par beaucoup.

La difficile intégration des mesures barrières dans les habitudes quotidiennes
Les mesures barrières que sont le lavage des mains, la distanciation d’au moins un mètre, le port d’un masque de protection et l’utilisation d’un mouchoir à usage unique constituent les comportements préventifs obligatoires à adopter pour éviter la maladie. Cependant, le quotidien nous montre qu’une grande partie de la population active est sans masques même dans les lieux publics, les transports en commun, les marchés, etc. Bien que la salutation au coude soit devenue une mode (souvent exécutée comme pour « narguer» la maladie), les différents milieux de vie privilégiés des camerounais (bars, restaurants) montrent que la distanciation physique n’est pas encore présente dans les habitudes. Et si l’on en juge par l’irritabilité de certaines personnes quand on leur demande de mettre leur masque, de se laver les mains avant d’accéder à un lieu public, ou alors d’observer une distance de sécurité avec leurs interlocuteurs, on peut vite tirer la conclusion que beaucoup de camerounais considèrent plus les gestes barrières comme une gêne au lieu d'un acte de survie.
Traitement de la maladie :entre espoir et dérives socio-économiques
Après l’apparition du protocole de traitement du Pr. Didier Raoult, beaucoup d’Etats se sont lancés dans la recherche des solutions endogènes à la maladie. Le Cameroun n’a pas été en reste. Même si beaucoup de camerounais se sont lancés dans des solutions inspirées de la pharmacopée traditionnelle, les premières options sérieuses ont survenu il y a peu avec la décoction de Mgr Samuel KLEDA. Au moment où des espoirs se fondent sur ces solutions, le laboratoire national de contrôle de la qualité des médicaments et d’expertise (LANACOME) met à nu des réseaux malveillants de contrefaçons. Les tests sur la chloroquine en circulation au Cameroun révèlent l’absence de toute substance active pharmaceutique. D’un autre côté, quatre formations sanitaires (pharmacie le bon berger, pharmacie de la foi, l’hôpital de district de Biyemassi et le Centre médical saint Etienne) ont été mises sous scellé de 30 jours pour détention et vente illégale de la chloroquine sans autorisation, sans ordonnance et à titre préventif.

une vue de la boite de chloroquine contrefait en circulation au Cameroun
La crise de confiance entre la population et le gouvernement : vers un état de « Sauf qui peut » ?
La survenue de la pandémie au Cameroun a poussé le gouvernement à prendre successivement des mesures pour la riposte. La première série, plutôt dure, avait entrainé la paralysie de plusieurs secteurs de l’économie et la colère de bon nombre de camerounais. Les deux dernières séries de mesures quand à elles ont marqué un certain assouplissement avec la reprise d’une « vie normale». Mais pour plusieurs, « ce n’était pas le bon moment pour normaliser les choses car la pandémie est entrain de croitre ». Peu importe l’option choisie par le gouvernement, il s’est vu fortement critiqué par l’opinion publique. Dans la mesure où beaucoup de camerounais se sont sentis soit « trahis » soit « libérés » par les mesures successives de leur gouvernement, l’effet a été le suivant : les « trahis » se sont sentis abandonnés et ont décidés de ne plus obéir aux directives gouvernementales, tandis que les « libérés » ont compris l’assouplissement des mesures comme la fin de la pandémie. Tout cela fait malheureusement penser à un jeu avec les vies humaines comme enjeux./.