
Grille de prix de vente de la chicha dans un snack bar à Yaoundé
Suite aux résultats de l’analyse du degré de toxicité du narguilé, (communément appelé chicha ou pipe à eau) par le Comité National de Lutte contre les Drogues, Paul ATANGA NJI, ministre de l’Administration Territoriale, par une note d’information du 13 mars 2022, interdisait la commercialisation et la consommation de la chicha sur le territoire national.
Cette note ministérielle avait réjoui les Organisations de la Société Civile et la communauté éducative, car elle marquait une avancée significative, dans le plaidoyer pour la protection des écoles contre la circulation et la consommation des drogues. Cependant, les tenanciers de débits de boissons s’insurgent, car cela constituerait un manque à gagner énorme. En premier lieu, le syndicat national des débits de boissons et bars du Cameroun en abrégé (SYNDERBARCAM) qui a exprimé son mécontentement vis-à-vis de cette mesure gouvernementale, sur les antennes de la chaine privée ABK radio. Cette attitude capitaliste met en avant des intérêts personnels, au détriment de la santé des jeunes camerounais, nous pousse à interroger la mise en pratique des instructions ministérielles n’ayant pas encore valeur de loi.
Afin de recueillir les informations nécessaires à ce sujet, nous avons mené une enquête de terrain au quartier Tsinga. Il en ressort que la note d’information semble être méconnue par la plupart des tenanciers de débits de boissons interrogés. Ceux qui étaient au courant, ont affirmé avoir eu vent de cette note par l’intermédiaire d’un proche. « Je ne le savais pas, c’est mon frère qui me l’a dit un jour, mais je ne m’inquiète pas, nous sommes au Cameroun», affirme un responsable d’un bar de la place. Visiblement, cette note n’a changé en rien, le comportement des tenanciers et la tendance de consommation, car comme ils le disent si bien « nous sommes au Cameroun ». Une manière subtile de dire que les gens vont s’arranger à contourner la mise en application de cette décision du gouvernement.

Contrairement à la commercialisation des boissons, dont la marge par bouteille vendue n’excède pas plus de 500 FCFA, la vente de la chicha semble être une activité très rentable. « Les prix varient en fonction des modèles des pipes. Nous avons des formes moyennes et grandes ; 1000, 3000 et 5000 FCFA. Généralement, nous faisons une recette minimum de 20 000 FCFA par jour. Pendant les congés ou les vacances, il y a de l’affluence et nous pouvons avoir une recette de 50 000 voire 80 000 FCFA par jour » affirme un autre tenancier au quartier Tsinga.
Cette interdiction est considérée comme nulle et de nul effet. En réalité, le mal est tellement profond, car la consommation de la chicha séduit même les personnes les plus insoupçonnées. « La tendance de consommation est très variée. Presque toutes les couches de la société font un tour ici, pour fumer cette « pipe ». Nous avons des élèves, des étudiants, des travailleurs et même des policiers » affirme le gérant d'un espace chicha. Des forces de maintien de l’ordre, qui sont censés protéger la jeunesse des déviances et veiller au respect de l’application des mesures prises par le gouvernement se retrouvent aussi avec eux.
Doit-on parler de déception, d’inconscience ou tout simplement d’irresponsabilité ? Cette attitude apparait comme un véritable caillou dans la chaussure du CNLD, ainsi que des acteurs de la société civile, qui s’attèlent à plaider pour la consolidation d’une jeunesse responsable et consciente, capable d’assurer la relève de demain. La question reste ouverte, mais les situations vécues au quotidien dans notre cher et beau pays, nous rappelle parfois cette citation du philosophe Hubert MONO NDJANA « le Cameroun est un pays où nous avons normalisé l’écart et écarter la norme» ./.