
Consommation de chicha par des jeunes
Derrière le parfum de menthe ou de vanille diffusée au travers de la chicha, il y existe une nocivité dangereuse pour la santé du consommateur. Malheureusement, la majeure partie des jeunes ne réalise pas les conséquences qui en découlent. Un mini vox pop dans les bars de la cité capitale nous aura permis de nous rendre compte de leur ignorance face à ce tueur parfumé.
Le premier arrêt est à « borne fontaine » sis au quartier Emana. Il est 19h 45 minutes lorsque nous franchissons l’entrée du snack bar. Tout semble normal dans la salle principale, car on y
consomme de la boisson alcoolisée. Quelques temps après, nous apercevons la serveuse avec une pipe à eau se diriger à l’arrière de la salle principale, dans un coin sombre et très enfumée. Lorsque nous nous sommes dirigés vers cette salle, nous avons été interpellés par un monsieur grand de taille, aux muscles très imposants. Avant d’entrer dans cette salle, il faut présenter sa Carte Nationalité d’Identité, car le monsieur doit s’assurer que nous ne sommes pas des personnes mineures. Après ce contrôle, nous sommes entrés dans la salle et accueillis par un cocktail de saveurs. Les senteurs étaient très agréables et il était difficile de croire que c’était de la chicha. Pour mener à bien cette enquête, nous nous sommes infiltrés dans un groupe de 04 personnes constituées de 02 filles et de 02 garçons (rassurez-vous, nous n’avions pas consommé du narguilé).
Ils avaient deux pipes à eau sur la table, composées chacune de deux embouts qu’ils venaient de commander. Il était 20h 22 à notre montre, lorsqu’ils commençaient la consommation. Durant nos échanges, nous avons tenté d’attirer leur attention sur la composition et les méfaits de la chicha. L’une d’entre elle fut très surprise d’apprendre que c’était du tabac aromatisé. «Vous êtes sérieux? » a-t -elle répliqué. «C’est tellement doux dans la bouche et les parfums sentent très bon ; j’aime particulièrement le goût de la pomme et de la menthe» ajoute-t-elle. Paradoxalement, on dirait que les garçons avaient bien connaissance de la dangerosité du narguilé, car ils sont restés très calmes, en nous regardant d’un œil menaçant.
Nous essayons de les titiller pour avoir une réponse et l’un rétorqua « la chicha est comme le bonbon alcoolisé, on met juste un peu de la cigarette et ce n’est pas vraiment de la cigarette». Ils nous proposèrent ensuite de prendre une bouchée dans le même embout. Nous avons poliment décliné leurs propositions, en leur montrant les résultats d’une recherche de Google sur la chicha. Nous avions ressenti de la stupéfaction et un peu de déception sur le visage des filles. Il était 20 h 48, ils avaient déjà terminé leur premier tour de narguilé et s’apprêtaient à faire un deuxième.
Le deuxième arrêt était dans un quartier résidentiel de la ville de Yaoundé. Nous avons fait un tour au carrefour Bastos, dans un lounge très populaire aux couleurs noires et blanches. Musique tendance, bonne ambiance, lumières chaudes, cadre convivial, tout y était pour nous détourner de notre objectif, mais nous avions l’obligation de rester concentré. La serveuse nous accueillit avec un magnifique sourire et prit ensuite nos commandes. En face de nous, il y avait 08 tables et chacune avait en moyenne deux pipes à eau. Nous étions surpris par la diversité des consommateurs, car même la religion dont les adeptes ont le devoir de respecter scrupuleusement cette interdiction était massivement représentée. Les uns vêtus de leurs boubous, les unes de leurs pagnes et voiles aux couleurs chatoyantes, ils levaient la tête sans gêne pour expirer la fumée de leurs bouches. Nous nous rapprochions d’elles pour un échange, mais la barrière linguistique était un obstacle. Nous tentions notre chance dans un autre groupe qui accepta. Téléphones en main, ce groupe composé de 05 garçons et une fille n’arrêtait pas de faire de courtes vidéos, qu’ils s’apprêtaient à publier sur Snapchat et Tiktok.
Contrairement au groupe rencontré dans notre premier arrêt, ceux-ci avaient bien connaissance des dangers du narguilé sur la santé, mais était assez sceptique quant à la véracité des effets sur l’organisme. L’un d’entre eux affirma d’ailleurs qu’il est déjà à 03 années de consommation de la chicha : « J’ai commencé avec la cigarette depuis que j’ai 18 ans et maintenant je continue avec la chicha, je ne vois aucune conséquence pour le moment, donc je continue seulement ». Les autres n’y voyaient aucune nocivité, car selon eux c’est « juste pour passer du temps ». Nous leur avons montré des résultats de recherches de Google et ils ne semblaient aucunement inquiétés.
L’influence négative des pseudos influenceurs (euses)
La consommation de la chicha est devenue tellement naturelle au Cameroun au point où les jeunes ne croient plus à sa dangerosité. Le fait de voir dans une vidéo rendue publique une star ou un artiste consommer de la chicha parait parfois banal, mais crée en réalité un déclic dans la tête du jeune qui n’a qu’une seule envie : « imiter sa star ». Un comédien du nom de « Ma’a Jacky » s’est amusé récemment à faire une comédie dans laquelle il faisait étalage de ses exploits en matière d’expiration de fumée toxique. Ce message subliminal laisse croire de manière subtile que la chicha est « bonne ».
Comment comprendre que notre jeunesse se fait autant manipulée par des pseudos influenceurs et influenceuses ? Comment comprendre le silence des autorités face à certaines déboires publiés sur la toile, qui amplifient la non application de la note ministérielle d’interdiction de commercialisation et de consommation de la chicha ? Des questions auxquelles, nous vous donnerons surement des réponses lors de notre prochaine enquête./.