Communauté des réfugiés rwandais au Cameroun : Les droits des personnes vulnérables en péril!
Featured

07 Mars 2022 Auteur 

Réfugiés vivant au Cameroun

Interpellée il y a peu sur les conditions vie d'environ 800 réfugiés rwandais au Cameroun, Foi & justice s'est entretenue avec les membres de ladite communauté afin d’en savoir davantage sur le quotidien de ces hommes, femmes et enfants vivant en terre camerounaise depuis des décennies. En effet, ils possèdent un statut assez problématique au regard des faits qu’ils nous ont présenté à travers un entretien.

Depuis combien d’années êtes-vous présents au Cameroun ?
Un parent : Le nombre d’années varie. Certains d’entre nous sont là depuis 27 ans, d’autres depuis 23 années et d’autres depuis 15 ans.

Par qui et comment avez-vous été pris en charge depuis votre arrivée au Cameroun ?
Un parent : Nous avons bénéficié à notre arrivée du statut de réfugiés et c’était Le HCR qui nous avait pris en charge. Dans le domaine de la santé, nous bénéficions de subventions pour la prise en charge des femmes enceintes, des personnes âgées et des enfants âgés de moins de 5 ans. Dans le domaine de l’éducation, nous bénéficions d’appuis en matériel didactique et pour le paiement des frais de scolarité de nos enfants. Cependant ces subventions avaient des exigences pas du tout faciles. On nous obligeait par exemple à inscrire nos enfants dans des établissements publics, certains livres qu’on donnait pour nos enfants n’étaient pas adaptés au programme.

Une étudiante : Du primaire jusqu’au secondaire, nous avons eu l’appui du HCR avec la subvention des frais d’inscription et des bourses d’études pour le cas de mes frères et sœurs. Mais avec la cessation de l’accompagnement du HCR, tout est devenu compliqué. Lorsque j’ai eu le baccalauréat, c’était très difficile de se présenter au concours, faute de papiers. Par
exemple, dans mon domaine de formation axé sur les sciences de la santé, nous faisons beaucoup de stages à l’extérieur de la ville de Yaoundé. Avec cette situation, c’est très difficile de voyager pour une autre région sans une carte valide, car les risques de se faire arrêter sont énormes.

Quelles sont les difficultés que les enfants réfugiés rencontrent au quotidien ?( accès aux services sociaux de base, mobilité, etc.)
Un parent : Premièrement la mobilité. Faute de carte d’identité va de, mon fils, étudiant dans la ville de N'Gaoundéré, est dans l’impossibilité de se mouvoir en toute légalité d’une région du pays à une autre. Pour les congés de Noël par exemple, ce sera compliqué qu’il se déplace pour rejoindre sa famille ici à Yaoundé. Les recours à des demandes ne portent pas toujours favorablement des fruits. C’est autant de peines, que nous vivons, car son récépissé ne dure que 02 mois maximum.

Un parent : En 2014, j’ai donné naissance dans un dispensaire mais l’assistance et la prise en charge n’ont pas été effectives. Mon enfant a failli mourir parce que je n’ai pas d’identité. Pour pouvoir accéder à de grands hôpitaux, il faut avoir une pièce d’identité. Mon enfant n’a pas pu avoir une bonne prise en charge alors qu’il est né avec des difficultés et des besoins spécifiques. Je n’ai pas pu l’aider comme il fallait. Agé de 07 ans aujourd’hui, il ne marche pas et ne parle pas.

Une étudiante : Grâce à la formation que j’ai reçue, j’ai la possibilité d’administrer des premiers soins et d’assurer la prise en charge de mes cadets lorsqu’il y a un souci de santé. Mais lorsqu’il s’agit de cas grave, cela devient très compliqué. L’année dernière par exemple, j’ai fait 05 mois d’hospitalisation à cause d’une maladie nosocomiale. Le suivi entre les médicaments et les examens étaient une grosse charge pour ma famille. Nous n’avons reçu aucune subvention pour la prise en charge. Lorsque j’ai commencé à l’université ma carte de refugié était valide mais après l’obtention de ma licence, j’ai voulu poursuivre pour le cycle de Master mais ce n’était pas facile, car il a fallu user de beaucoup de supplications et de négociations. Bientôt, je vais soutenir et j’aurai d’énormes problèmes dans les procédures et dans l’obtention d’un stage de perfectionnement.

Que suggérez-vous pour une meilleure intégration des enfants réfugiés ?
Un parent : Avant que le HCR ne nous lâche dans la nature, nous avions demandé qu’on nous considère comme des camerounais. Nous ne sommes pas étrangers, nous avons une situation particulière. Nos enfants sont camerounais car ils sont nés, ils ont grandi et ils grandissent encore au Cameroun. C’est la raison pour laquelle, nous plaidons pour un statut stable qui nous assure légitimité et sécurité. C’est pénible de se sacrifier et de faire des études pendant plusieurs années et être dans l’obligation de stopper faute de pièce d’identité. Nous ne pouvons pas avoir une activité stable, car ce qu’ils font nous permet juste de subvenir aux besoins élémentaires (loyer, nutrition, etc.). C’est avec la carte qu’on peut avoir des financements, qu’on peut assurer notre santé, notre mobilité et notre éducation sans problème. Sans la carte, on reste dans le statut quo et la vie devient compliquée. La situation sanitaire de mon fils devrait être prise en charge à travers l’appui de personnes de bonne volonté vivant en Europe. Mais faute de carte, cela a été impossible. Si j’arrive à obtenir la carte, je pourrais subvenir aux besoins de mon enfant handicapé.

Une étudiante : Je suis une future infirmière et les ouvertures sont larges avec la pandémie pour les emplois à l’extérieur vu la perte du personnel soignant dans plusieurs pays. Mais pour postuler pour le travail, il nous faut une identité valide. Sans cela, tout est impossible même si tu as de bonnes notes sur ton relevé de notes. Face à tous ces problèmes, nous demandons au gouvernement camerounais d’être indulgent et de nous aider dans l’acquisition d’une identité légale et légitime./.

 

 
Foi & Justice

Fighting Injustice Causes Through Advocacy.

 

Laissez votre commentaire

We use cookies to improve our website. Cookies used for the essential operation of this site have already been set. For more information visit our Cookie policy. I accept cookies from this site. Agree