Le "Pape des Pauvres"…
L’engagement du « Pape des pauvres » pour la défense des pauvres et de la création, fait penser à un « Pape vert » . Comme nous le savons, le Pape François a fait un bond qualitatif dans la promotion de l’enseignement social de l’Église Catholique. C’est lui qui, en prélude à la 21ème Conférence des Parties sur le climat à Paris, le Bourget en France en décembre 2015 (COP 21), quelques mois avant la Session plénière de l’ONU pour l’approbation de l’Agenda 2030 et des Objectifs du Développement durable (ODD), réveille le monde chrétien et non chrétien, en faisant sortir Laudato Si’, mi Signore (Loué sois-Tu, mon Seigneur) le 24 mai 2015. L’encyclique sociale Laudato Si, la toute première encyclique d’un Pape entièrement consacrée aux questions environnementales, est comme un compendium de la doctrine sociale de l’Église en la matière avec le vent et la couleur du temps.
Pour lui, deux préoccupations majeures doivent inspirer la lutte pour la vie aujourd’hui; vie comme don de Dieu qui aime toutes ses créatures : la terre et les pauvres intrinsèquement liés. Ces questions doivent être abordées de manière holistique en écoutant « tant la clameur de notre maison commune que la clameur des pauvres » (Laudato Si’- LS 49). Abordant diverses thématiques sur la pollution, les déchets, l’eau, le climat comme bien commun, les pauvres, le Pape François affirme qu’il y a la détérioration de la qualité de la vie aujourd’hui. Et l’homme en est responsable à cause de ses politiques, des systèmes politiques, sociaux. Sans nier la place de la technique et de la science, il demande à l’homme de savoir se revoir et revoir tout ce qu’il met en place.
La solidarité pour une écologie intégrale
Partisan d’une écologie intégrale, levier d’un développement humain intégral, le Pape aborde tour à tour l’écologie environnementale, l’écologie économique, l’écologie sociale, l’écologie culturelle et l’écologie de la vie quotidienne, dans ce monde marqué par le « consumérisme et le gaspillage » (LS 109). Aussi, dans son adresse au Patriarche de Constantinople Bartholomée Ier, le 28 mai 2018, adresse reprise par L’Osservatore Romano, dit-il qu’il a été charmé par « le décor du ciel bleu et de la mer » lors de sa visite au Patriarche sur l’île grecque de Lesbos le 16 avril 2016. Il regrette "la pensée qu’une mer si belle était devenue la tombe d’hommes, de femmes et d’enfants, qui en grande partie avaient seulement cherché à fuir les conditions inhumaines de leurs terres natales ". Il rappelle ainsi sa conviction traduite dans l’Encyclique, conviction selon laquelle la réponse à la crise écologique actuelle nécessite de la part de tous, chacun à son niveau de responsabilité, sa compréhension selon les critères éthiques, économiques, financiers, politiques.
Les hommes sont tous frères, appelés à vivre dans la terre et de la terre comme une même famille humaine. Cette lutte pour reconquérir la fraternité sauvera et les pauvres et la planète. " La famille humaine a reçu en commun un don du Créateur : la nature (…) La nature est à notre disposition, et nous sommes appelés à l’administrer de manière responsable. Par contre, nous sommes souvent guidés par l’avidité, par l’orgueil de dominer, de posséder, de manipuler, de tirer profit ; nous ne gardons pas la nature, nous ne la respectons pas, nous ne la considérons pas comme un don gratuit dont nous devons prendre soin et mettre au service des frères, y compris les générations futures ", affirmait-il déjà dans son Message pour la Journée mondiale de la paix le 1er janvier 2014.
La fraternité entre les hommes doit se manifester pour aujourd’hui et demain dans l’usage responsable des ressources naturelles comme don de Dieu. Personne n’est donc à exclure. Il s’agit ici de la solidarité intergénérationnelle et intragénérationnelle à promouvoir . La solidarité intragénérationnelle a trait à la considération de tous ceux qui, appartenant à une même génération, entendons les vivants tout simplement, s’appliquent à faire jouir à tous les biens de la terre. Puisque tout développement est un droit pour tous, alors, toute réglementation doit aller dans le sens de la jouissance du bien commun, du bien collectif qu’est toute autre ressource naturelle. Il est vrai que l’État prétend faire le bonheur des peuples, mais s’il ne les associe pas, alors, l’État ne réalise pas son but. Il faut donc un développement participatif . L’usage responsable conduit à un développement pour tous, pour l’épanouissement de tous. La solidarité intergénérationnelle est celle que nous ne devons perdre de vue, vu son importance dans la réglementation de la conduite humaine qui, facilement, se soucie plus du présent que du futur.
L’anthropocentrisme, oui, mais pas déviant !
Abordant l’aspect de l’économie dans cette culture du consumérisme, le Pape François veut remettre l’homme au centre, fidèle à la tradition de l’Église : « Personne et dignité humaine risquent de devenir une abstraction face à des questions comme le recours à la force, la guerre, la malnutrition, l’exclusion, la violence, la violation des libertés fondamentales ou la spéculation financière, qui en ce moment, conditionne le prix des aliments en les traitant comme n’importe quelle marchandise, oubliant leur destination primaire » . L’on sait que la paix est le fruit de la justice qui en appelle à la reconsidération de l’économie qui doit être à la fois sociale et solidaire pour être humaine. « Le Pape aime tout le monde ; les riches comme les pauvres. Mais le Pape a le devoir au nom du Christ de rappeler au riche qu’il doit aider le pauvre, le respecter, le promouvoir. Le Pape appelle à la solidarité désintéressée pour l’humain dans la réalité financière et économique » .
La solidarité désintéressée des riches est pour le respect de la dignité des pauvres « concrets », de la pauvreté réelle, matérielle. Il s’agit aussi de la pauvreté « spirituelle », c’est-à-dire que chacun doit accepter qu’il dépend (e) de Dieu qui est un Autre. Et « avoir un cœur de pauvre, c’est prendre sa place dans la solidarité avec les pauvres et participer à la protestation contre la pauvreté » . S’il est vrai que l’homme doit être au centre de tout système économico-politique, il ne faut cependant pas tomber dans un « anthropocentrisme déviant » pour ne pas nuire à la terre et à l’humanité tout entière. « Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? » (LS 160). Il doit donc y avoir le souci pour les générations futures. C’est ici la place du développement durable. Tout est lié, la création et les hommes. Il s’agit de l’écologie intégrale./.