
Ahmed Moumine,Ingénieur en environnement et fondateur de Think Green
Ingénieur en environnement et amoureux de la nature, Ahmed MOUMINE, est engagé depuis plusieurs années, dans le combat pour la limitation les dommages de la pollution plastique. A travers l’ONG Think Green dont il est le fondateur, il milite pour l’économie circulaire à travers la construction des maisons à base de bouteilles plastiques. C’est au regard de cet engagement que nous l’avons rencontré dans ses installations situées dans la ville de Mbalmayo, afin qu’il partage avec nous son expérience en lien avec cette technique innovante de construction à base de bouteilles plastiques
Présentez brièvement votre association
Think Green est une ONG à but non lucratif, créée en 2019 par un groupe de jeunes, afin de participer activement à la protection de l'environnement. Nous travaillons sur les problématiques relatives à la pollution plastique, le réchauffement climatique, les Objectifs de Développement Durables 11 & 13, qui visent à mettre en place"des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions" et de "faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables". Nous sommes constitués de 100 volontaires, répartis sur tout le territoire national, avec des bases dans les régions du Sud-Ouest, Ouest et Littoral. Notre mission est d'inspirer davantage de personnes et de créer une génération de jeunes passionnés, qui s’engagent par des actions concrètes à protéger l’environnement.
D’où vous proviennent les bouteilles plastiques et comment procédez-vous à leur collecte ?
La mairie nous a beaucoup soutenu dans la mobilisation des populations. Nous avons mené des sensibilisations auprès des ménages, afin qu’ils nous ramènent directement les bouteilles plastiques, au lieu de les jeter dans la poubelle. En contrepartie, nous leur offrons une modeste somme, symbolique en guise d’encouragement. En plus de cela, nous collectons et stockons des bouteilles plastiques à travers les campagnes de ville propre dans les rigoles de Yaoundé (Ahala) depuis 2019. À ce jour, nous avons déjà réalisé plus de 50 campagnes de collecte des bouteilles. Après la phase de collecte, nous passons au remplissage des bouteilles avec de la terre tamisée. Nous travaillons également avec les prisonniers en fin de peine de la prison de Mbalmayo, qui nous aide dans le remplissage des bouteilles. En fonction du nombre de bouteilles remplis, une motivation symbolique leur est offerte. Nous faisons d’une pierre deux coups, car cette action est également considérée comme une corvée pour eux. Nous avons travaillé avec une première vague de 10 prisonniers, afin qu’ils enseignent la procédure aux autres dès leur retour en prison, car il était quasi impossible de travailler avec un grand nombre de personnes pour éviter les risques d’évasion.

En plus des bouteilles plastiques, quels autres matériels utilisez-vous dans la construction des maisons écologiques ?
Les techniques de construction obéissent aux règles conventionnelles en matière de construction des bâtiments. En effet, le matériel est fonction du type de structure sollicitée, qui demande beaucoup de technicité dans sa mise en œuvre. De manière générale,nous utilisons les bouteilles plastiques, les fers de 8, de 06 et de 10, de la terre tamisée et du ciment à faible quantité.
La fondation et les poteaux se font avec des parpaings, ensuite nous classons les bouteilles en fonction de leur contenance. Par exemple, nous pouvons décider de construire exclusivement le mur de gauche avec les bouteilles de 1 litre ou 1,5 litre. Les espaces entre les briques sont comblés avec de la terre et du ciment, le tout couronnée par l’usage des ficelles pour rendre l’ensemble du bâtiment plus compact. Cependant, nous accordons une attention particulière aux variations climatiques, car elles ont une influence sur les différentes étapes de construction. L’apprentissage est basé sur deux approches : une approche basique et une approche professionnelle. La première renvoi aux travaux simples qui n’exigent aucune connaissance dans le domaine du bâtiment tandis que la deuxième exige de l’expertise et de la technicité. Nous avons besoin de plus de technicité, raison pour laquelle nous nous formons auprès des experts, pour affiner davantage notre savoir-faire.

Quels avantages présentent des maisons construites en bouteilles plastiques?
En termes d’avantages financiers, le coût global de réalisation d’une maison en bouteille plastique est estimé à 50%. Ces maisons sont idéales pour les personnes aux revenus modestes. Elles sont économes, confortables et résistantes. Comparées aux parpaings conventionnels, les bouteilles sont plus résistantes. A cet effet, les tests menés ont révélé que, les bouteilles peuvent supportés un poids allant jusqu’à 30 tonnes. Dans certains pays, les bouteilles plastiques remplies de terres sont utilisées dans les zones à conflits. C’est d’ailleurs le cas en Colombie. Le premier bâtiment a été construit à Honduras (Amérique centrale) et date déjà de 22 ans.
Quels sont les regards de la population et des bénéficiaires par rapport à votre activité ?
Nous sommes conscients que cette nouveauté n’arrange pas toujours les lobbies actuels, car c’est une approche écologique qui demande moins de ressources financières et par conséquent la faible utilisation du matériel conventionnel de construction. Nous notons encore de la résistance et des craintes quant à son efficacité, car c’est une nouvelle pratique de construction, peu connue et donc pas encore ancré dans les habitudes de vie des populations. Mais nous gardons espoir et croyons fermement que les comportements changeront petit à petit.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’implémentation de cette activité ?
La principale difficulté se trouve au niveau de la ressource humaine expérimentée dans la bio-construction. De plus, ce n’est pas toujours évident de mobiliser la population sur une longue période, notamment pour le remplissage des bouteilles. Nous envisageons créer des partenariats avec les centres des jeunes ou les paroisses, afin d'optimiser l’implication de la communauté sur le long terme. Par ailleurs, nous faisons des formations gratuites pour les personnes qui souhaitent apprendre cette nouvelle technique de construction.
Quels sont vos partenaires ?
Malgré le fait que nous n’ayons pas encore de financements permanents, nous avons plusieurs partenaires qui nous soutiennent au niveau technique et financier. Nous avons la mairie de Mbalmayo qui est un partenaire stratégique, car elle réunit toutes les dispositions légales et logistiques nécessaires pour la bonne réalisation de ce projet. Nous avons également ECOTEC, Waste without borders, NO plastics drinks, ainsi que plusieurs particuliers et âmes de bonne volonté anonymes au niveau national et international. Nous avons également les médias nationaux et internationaux à l’instar de DW, BBC, CRTV et Vision 4, qui participent à la large diffusion de nos travaux sur le terrain. /.