
Un cours d'eau de Yaoundé, envahi par les bouteilles plastiques
En descendant du taxi dans certaines zones populaires de la ville de Yaoundé, l’on peut aisément ressentir le picotement de ses narines. Ce premier signe d’alerte nous fait déjà savoir qu’on se trouve dans un environnement infect.
Ici, on cohabite avec les ordures !
Nous sommes un mercredi matin au marché Mokolo de la ville de Yaoundé. Il est 08 heures, le cadre est désert et les boutiques sont fermées. De plus, nous n’apercevons aucun commerçant avec un balai ou une pelle pour s’activer dans l’assainissement du marché. Les bacs installés sont pleins à craquer et les commerçants ne prennent plus la peine de jeter les ordures dans ces bacs. En avançant vers le commissariat, une masse de déchets s’est imposée sur le milieu de la route. En prolongeant notre marche dans l’enceinte du marché, d’autres tas d’ordures éparses sont encore visibles. En effet, le mercredi n’est pas un jour de vente pour les propriétaires d’espaces commerciaux. En 2009, la communauté Urbaine de Yaoundé a institué des jours de propreté dans tous les marchés de la ville. A Mokolo, le mercredi est exclusivement dédié au nettoyage.

Les ordures au centre de la route au marché Mokolo
Le problème qui se pose entre la communauté urbaine et les commerçants se situe au niveau de la responsabilité des coûts du nettoyage. Cette situation engendre le manque de volonté auprès des commerçants, qui ont du mal à assumer la charge de payer les frais de nettoyage. En effet, ils estiment qu’ils ne devraient plus puiser dans leurs fonds personnels, car ils paient déjà la location des boutiques ainsi que des taxes sur leurs activités commerciales auprès de l’Etat.
Cette problématique demeure jusqu’ici sans réponse et les répercussions de cette inactivité sont visibles et nos narines en prennent un sacré coup. Au-delà de cette problématique d’ordre financière, on note également la faible, voire inexistante volonté de ces commerçants à mettre de la propreté. La plupart considère le jour dédié à l’hygiène et salubrité comme le moment de vaquer à d’autres occupations.
Bienvenue au « lac de bouteilles plastiques »
De l’autre côté de la ville, le cours d’eau situé au niveau d'Ahala abrite également une montagne de bouteilles plastiques. Cette réalité est tellement frappante qu’on appelle désormais cet endroit « le lac à bouteilles plastiques». En saison de pluie, ces déchets bloquent la circulation normale des eaux et polluent l’écosystème de la zone.

Lac de bouteilles plastiques
Quand on sait qu’une grande partie de ces plastiques enfouie dans le sol aura besoin de 1 000 années pour leur décomposition, libérant au passage des substances potentiellement toxiques dans le sol et l'eau; Quand on sait également que les terres que nous utilisons pour cultiver nos aliments sont contaminées par des quantités encore plus importantes de ces polluants plastiques, nous pouvons affirmer avec certitude que la ville de Yaoundé est en réel danger! Pour pallier à cette situation, les organisations de la société civile, les entreprises de recyclage et les communautés urbaines de la ville de Yaoundé, mènent des actions de salubrité mais sans réel changement car la tâche est immense. Il faudrait réellement une mobilisation générale de tous les acteurs (dont les ménages) pour inverser la tendance actuelle. /.