
Le concept d’indivisibilité juridique en appelle un autre, celui de personnes fantômes, avec les peurs qui y sont liées, notamment chez les populations des lieux d’accueil. Celles-ci se manifestent par la suspicion, la discrimination et parfois le rejet.
Comment les OSCs peuvent répondre efficacement aux besoins socio juridiques des PDI ?
Chaque groupe de PDI a des besoins spécifiques. On ne peut y répondre de manière abstraite. Il faut dans un premier temps évaluer lesdits besoins. Il est évident qu’il faut ensuite s’organiser et planifier la réponse en s’assurant que l’on dispose du mandat et de l’expertise nécessaires. A ce niveau, je crois beaucoup à l’action en réseau. Elle permet d’optimiser les réponses en évitant le gaspillage consistant à s’investir tous et sans concertation pour répondre aux mêmes besoins et parfois pour les mêmes personnes, laissant insatisfaits certains besoins importants et certaines catégories de personnes vulnérables dont les femmes et les enfants.
De fait, l’assistance humanitaire est souvent l’objet de stratégies de captation, et c’est très généralement le fait des hommes ou des personnes en situation d’autorité...J’ai donc éprouvé une certaine joie à participer à l’animation de l’atelier de réseautage organisé il y a peu par l’association Foi & Justice avec ses partenaires pour une stratégie d’intervention en faveur des PDI. Pour les organisations qui s’engagent dans l’humanitaire, l’évaluation des différents cycles (autoévaluation ou évaluation externe) peut être une excellente école pour améliorer les interventions dans les cycles ultérieurs.
Quelle est la place du mandat dans le déploiement des activités d’une OSC au Cameroun ?
Une première approche de la question du mandat renvoi à la mission de l’OSC. L’aide humanitaire ne s’improvise pas. Il y a souvent tellement à faire et cela nécessite des expertises qu’il n’est pas possible de rassembler au premier coup. De ce fait, les organisations humanitaires doivent prendre le temps de construire leur savoir-faire et déterminer leur niveau d’intervention. C’est le premier niveau du mandat.Par ailleurs, l’action humanitaire se déploie sur un territoire donné et la multitude d’intervenant invite à une coordination, au risque de débauche de moyens que l’on peine souvent à mobiliser. C’est pourquoi l’autorité juridictionnelle, l’Etat ou l’entité qui assure la coordination, doit donner ou reconnaitre le mandat des différents intervenants.
Cette conception du mandat est importante, parce que les crises humanitaires se caractérisent par leur complexité. Les problèmes réels des personnes affectées sont souvent l’objet d’enjeux multiples entre la diplomatie humanitaire, l’instrumentalisation des situations humanitaires, les pratiques de captation de l’aide, et la réponse effective auxdits problèmes.
Comment distinguer les organisations d’aide des acteurs de la crise ou encore des troisièmes larrons ?
Dans des crises comme celles qui secouent le Cameroun, plusieurs organisations de la société civile sont souvent soupçonnées, voire accusées de connivence avec les parties au conflit. Les instances ecclésiales ne sont pas en reste. C’est un classique ! Il est donc important que le mandat des OSCs soit clair et qu’à aucun moment celles-ci ne le perdent de vue. C’est tout le mouvement de l’action humanitaire qui est en jeu lorsque certaines peuvent s’engager dans des actions de belligérance ou être instrumentalisés, y compris par le gouvernement.
Les OSCs inscrites dans une tradition d’action humanitaire, y compris au niveau local, et reconnus comme telle sont indispensables. Dans tous les cas, la norme établie invite les Etats et les acteurs non-étatiques, y compris les groupes armés, à collaborer avec les différents intervenants pour faire prévaloir les valeurs d’humanité dont la prévention des déplacements internes, la protection et l’assistance aux personnes déplacées (cf. article 5.7 et 5.8 de la Convention de Kampala sur la protection et l’assistance aux personnes déplacées en Afrique). Une meilleure efficacité invite ainsi à la mise en place d’un cadre formel et officiel de collaboration entre les OSCs humanitaires et l’Etat.
En dehors des actions d’assistance de l’Etat, que suggérez vous pour une meilleure intégration socioculturelle des déplacés internes ?
La situation des déplacés internes n’est pas appelée à s’éterniser. Il est important pour tous de travailler à l’avènement de conditions d’un retour des personnes déplacées dans leur lieu de vie avant la crise. Cela passe par la recherche des solutions aux causes des déplacements : Pour la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, il me semble que la solution ne peut être que politique ; pour la situation dans l’Extrême-Nord, je pense que le diagnostic doit être fait et l’on ne pourra trouver des solutions si l’on pense que la situation est uniquement exogène. A cet égard il faudra trouver et neutraliser les ressorts internes. Dans tous les cas, cela appelle à implémenter toutes les ressources de collaborations et de négociations dont nous pouvons disposer.
En attendant le retour, il y a lieu de parer effectivement aux urgences. Je pense que le terrain camerounais est généralement propice à l’intégration au regard du caractère cosmopolite de nos villes. Le problème peut être plus important, dans les cas d’installation dans des camps en zone rurale. Dans ce cas, les collaborations les plus diverses seront nécessaires pour faciliter leur intégration. Le cas du camp de Pikba (Poli) dans la région du Nord est une réelle manifestation de tous les problèmes que peuvent rencontrer les PDIs entre les difficultés d’établissement des actes de naissance, d’accès à l’école, d’accès aux terres pour l’agriculture et l’élevage, d’accès à l’eau potable…. L’obligation d’assistance pèse d’abord sur l’Etat, mais la situation de crise appelle à l’intervention des acteurs locaux et internationaux pour une meilleure prise en charge.
Quelle analyse faites-vous de la relation entre l’Etat et la société civile dans la gestion des PDI ?
Il y a des cas de bonne collaboration, des cas d’instrumentalisation et de captation, des cas de conflits et de poursuites judiciaires. Ces entités devraient travailler dans le sens de la construction d'une relation de confiance et de collaboration pour le respect des principes d’humanité./.